lundi 9 mai 2016

Les beauuuuux livres… de blues




Robert Johnson par Robert Crumb


J’aime le blues. Le vieux, le dit rural qui vient du Delta du Mississippi ou du piedmont américain, dans le coin de l’Alabama et de la Géorgie. J'aime aussi celui de Chicago, d'avant qu’il ne crée le rock and roll mais qu'il portait déjà dans son sang, ses gênes, sans gêne. 

Je suis fan depuis toujours de Blind Willie Mc Tell et autres aveugles pour qui la musique était le seul moyen de suivie, Willie Johnson, Blind Blake, John Davis, et tant d’autres qu’on peut se demander s’ils n’étaient pas tous plus ou moins aveugle. J'écoute avec passion tous ces rescapés de l’esclavage, de la misère…noire, les Robert Johnson (et son maître Son House), Howlin’ Wolf, Sam Lightnin’ Hopkins, l’ancêtre, Charley Patton, le si bouleversant Champion Jack Dupree (qui savait pourtant être un swingneur de haut niveau), le lettré W.C. Handy qui savait si bien les écrire et, donc assurer leur postérité.

Puis vint le Nord, Chicago et tout le blues électrique électrisant du très grand Muddy Waters, à qui les Rolling Stones vouent un véritable culte, et à sa gang, les Otis Spann, Jimmy Rodgers, Jimmy cotton, J.B. Hutto et Buddy Guy, le dernier guitariste d’une longue lignée qui a marqué de manière indélébile l'empreinte musicale de la ville. Bon, et n’oublions pas quelques outsiders magnifique comme J. B. Lenoir ou Monsieur guitare et sa Lucille, Bebé Roy, le B.B. King si cher à Eric Clapton, le chantre de Détroit, John Lee Hooker à l'envoûtante voix grave.

Surtout, que dire de ces dames, ces dames qui ont été les premières grandes voix de ce genre naissant, qui le feront connaître à la grandeur de l’Amérique, ces Bessie Smith, Ma Rainey, Ethel Waters et plus tard, Sippie Wallace et Big Mama Thorton. Et aujourd’hui, il y a Rhiannon Giddens et Leyla McCalla, pour, à leur façon, reprendre le flambeau.

Tous ces personnages uniques, et des centaines d'autres, on les retrouve dans moult bouquins écrits sur le sujet, mais il y en a deux qui viennent d’être traduits en français et qui valent drôlement le détour. Le blues, un siècle d’histoire en images, de Mike Evans chez chronique Éditions, et Les voix du Mississippi de Williams Ferris publié par la maisons Papa Guédé.

Le blues, un siècle d’histoire en images



De l’auteur de ce si beau livre, Mike Evans, on dit qu’il est un historien de la musique originaire d’Angleterre et qu’il a déjà publié une bio de Neil Young (The Definitive). C’est, étonnamment, tout ce que j’ai pu trouver sur les Internets sur ce monsieur.  

Son livre cependant, Le blues, un siècle d’histoire en images, est on ne peut plus remarquable, tant sur le plan de l’iconographie que du contenu éditorial… pour une monographie généraliste.

Le tout commence par une citation du vénérable W.C. Handy, l’un des premiers musiciens à mettre ses blues sur partition : « Le blues vient du plus profond de l’homme. Il vient du néant, de la pauvreté, du désir. Quand un homme chantait ou jouait le blues, une petite partie de son besoin était satisfaite par la musique. » W.C. HANDY

Le livre est bâti de manière chronologique avec, pour objectif, « de faire comprendre que l’influence du blues se fait sentir dans tous les courants de la musique occidentale contemporaine, de la soul au hip-hop, en passant par le rock alternatif, voire la pop ».

1-  Les racines du blues
2-  Le blues classique
3-  Country Blues
4-  Le blues urbain
5-  Le rythm’n Blues
6-  Le blues revival
7-  Le Blues rock
8-  Le blues d’aujourd’hui

Pour chacun des chapitres, on a droit à une mise en palce historique et à une présentation de la naissance et de l’évolution des styles par les musiciens qui les ont fait valoir. Les plus grands ont droit à un encadré spécial relatant leurs hauts faits musicaux ainsi que quelques anecdotes révélatrices.

À quoi s’ajoute, en fin de bouquin, une liste (bien) choisie de morceaux de blues magnifiques et reconnus comme tel, ainsi qu’une bibliographie d’une quarantaine de titres.

Mais c’est, avant tout l’iconographie qui retient l’attention, incroyablement riche de photos de toutes les époques et souvent rares, d’articles de journaux, de pochettes d’albums, de photos d’artistes, d’affiches de spectacles, de citations mises en exergue pour mieux faire comprendre un style, une notion…

Bref, tout y est pour ce qui est de la musique de celles et ceux qui ont un nom et dont on a entendu parler à un moment ou à un autre, petites ou grandes vedettes.  On y cause même du Mississippi Hill country Blues qu’il ne faut pourtant pas confondre avec celui du Delta, le plus connu des blues acoustiques. Bref, pour qui veut connaître le blues dans son ensemble et « voir » à quoi il ressemble, c’est l’outil idéal, un « beau » livre qu’on prend plaisir à laisser sur la table du salon, à travers les disques…

Ah, oui… ce livre est une traduction. L’original, qui a exactement la même présentation graphique, s’intitule The Blues A visual History. 1000 years That Changed  The World. En français, il vous coûte un peu plus de 60,00$... et 33$ dans la langue de Shakespear. Alors, si vous êtes bilingue, vous savez ce que vous avez à faire.


Les VOIX du MISSISSIPPI


Alors ici, dans cette monographie tr ès spécialisée de l’ethno-musicologue Williams Ferris, on est vraiment aux racines du blues, celui de tous les jours, chanté au travail où en soirée pour raconter la vie, ses vicissitudes,  sa misère, ses plaisirs. Ce blues qui raconte aussi les femmes, toujours celles qu’on a perdues et parfois celles dont on ne peut se passer. Et ce blues du pénitencier auquel se greffe souvent le chant de travail qui rend le prisonnier dans un état second lui permettant de supporter l’insupportable routine du bûchage inutile ou du concassage de roches, véritable travail de forçat…

C’est le blues du quotidien des gens des petites villes du Mississippi, racontées à l’occasion de milliers d’heures d’entrevues par un vrai ethno-musicologue dans la lignée des Lomax père fils, des John Hammond et plus près de chez nous, des Marius Barbeau et Michel Faubert.

Le livre est ainsi construit qu’on apprend des racines du blues en fréquentant des gens d’une ville à l’autre, descendant la vallée, de  Rose Hill, à Lake Mary, en passant par le pénitencier de Parchman, la route du Delta dans le comté de Coahoma et pleins d’autres lieux où la mémoire est toujours vive, plus vive en ces contrées du Sud qu’ailleurs, selon Bertrand Tavernier qui signe la préface.  Sur la route, on s’arrête aussi au Vicksburg de Willie Dixon et à l’Indianola de B.B. King.

À ce parcours aussi fascinant qu’improbable, marqué de magnifiques photographies sépia, l’auteur a jugé bon de nous gratifier d’un cd d’enregistrements qu’il a réalisé dans les lieux visités, champs, prisons, maisons, etc. On y trouve aussi un DVD de courts films de William Ferris, entrevues uniques avec musiciens et villageois, chanteurs de blues qui y vont de prestations tout à fait fascinantes. Le toute est présenté par le cinéaste Bertrand Tavernier qui a réalisé quelques films marquants sur ce Sud, Mississippi Blues et Dans la brume électrique avec les Confédérés, mis en image du remarquable roman du même titre de James Lee Burke. Tavernier qui a abondamment consulté des ouvrages de Ferris et sollicité ses conseils dans les réalisation des dits, films.

À tout cela s’ajoute un tiré-à-part qui réunit une bibliographie fouillée, une discographie et une filmographie complète à vous faire rêver en vous offrant des pistes fascinantes pour vos propres écoutes et recherches.



Aux livres précités, j’aimerais ajouter celui-ci, paru en français en 2008, œuvre de l’illustre illustrateur de la contreculture américaine, Robert Crumb (le père de Fritz the Cat, entre autres), qui avait une passion folle pour la musique.

Si folle, qu’un jour lui est venue l’idée de publier des cartes (comme celles des joueurs de hockey ou de baseball) illustrant les musiciens qu’il voulait faire connaître, avec à l’endos, une courte bio de chacun. Il en a fait quelques milliers ainsi, dont quelques-uns sont répertoriés ici pour notre plus grand bonheur!


Le livre est accompagnée d’un cd d’une vingtaine de pièces de l’un ou l’autre des artistes que l’on retrouve dans le livre. Incontournable!
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Mike Evans, Le blues, un siècle d’histoire en images. Éditions Chronique, 2015 pour l’édition française, 255p.  61,95 $

Titre original : The Blues : a visual History. 100 Years of Music that Changed the World. Elephant Book. 2014. 32,95 $

Williams Ferris. Les Voix du Mississippi. Éditions Papa Guédé, 2013 pour l’édition française. 80$. Sur commande uniquement.

Titre original : Give My Poor Heart Ease ; Voices of Mississippi Blues, University of North Carolina Press, 2009. 28,00$ américains


Robert Crumb. Héros du blues, du jazz et de la Country. Éditions de la Martinière, 2008, 238p.

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