dimanche 5 avril 2020

S’enfleuvir inexorablement


Rorqual bleu, Grandes-Bergeronnes .
(Photo Louise Séguin)
Je m'enfleuvis. De plus en plus, tellement que parfois, j'ai des idées de mer, d'océan, totalement fasciné par ces immensités aqueuses, tantôt miroirs, tantôt d'une folie titanesque. J'ai toujours adoré le sillonner, ce fleuve. Par tous les moyens: canot, kayak, voilier, traversiers. De Sorel à Gaspé, de Saint-Ignace-de Loyola à Harrington Harbor. Ou alors à le border, de ses rives, en auto, en campant sur ses plages : Tadoussac, Kamouraska, Grandes-Bergeronnes, Pointe-aux-Pères, Île-aux-Œufs, Saint-Anne-des-Monts, Baie Trinité, Percé, Mingan, Havre-Saint-Pierre, Forillon, et j’en passe.

Deux lieux privilégiés,  la haute Côte-Nord, entre Tadou et Les Escoumins, et le Kamouraska jusqu'aux Trois-Pistiles, dans le Bas-du-Fleuve, qui sont nos lieux de fréquentation annuels pour communier avec la faune marine, phoques, bélugas, rorquals, eiders, macreuses, et celle, ailée, des rives, pluviers, chevaliers, hérons, oies, canards, rapaces de toutes sortes. 





Ça fait des décennies que ça a débuté quand, tout petit, à Québec, mon père m'amenait au "bateau de Lévis" comme on appelait alors le traversier. C’était, pour moi un voyage. D’abord de prendre le bus no.1, coin Dorchester et Charest, pour se rendre à cette Place Royale qui n’existait pas encore, loin de là. Il y avait le quai d’embarquement avec son grand resto avec vue sur le fleuve, où l’on prenait une crème glacée avant de s’embarquer sur le quai flottant où s’amarrait le bateau, s’adaptant ainsi aux marées. Pour .25 cents $ par adulte et gratos pour les enfants, on pouvait faire l'aller-retour tout l'après-midi sur le d’Iberville ou le Radisson. Ce plaisir d’être sur la passerelle, ou la terrasse avant, par grand soleil et vents légers, cernés de toute part par les goélands, si nombreux dans mon souvenir, contournant tantôt un rare voilier ou un cargo transatlantique crachant sa fumée noire de charbon. Et, bien sûr, la vue de carte postale sur Québec et son château Frontenac qui font toujours le même effet de grandeur inexpugnable.





Le fleuve, ça a aussi été, à l’adolescence, la pêche à l’éperlan de nuit, dans le bassin Louise, en ville d’abord, puis, parfois, à Pointe-aux-Pic pour une nuit de pêche aux vers et aux fanaux. C’est avec Denis Jodoin que je me suis initié à sa navigation en kayak, à la baie de Cap-Rouge. Depuis, et de longue années durant, Loulou et moi l’avons sillonné du lac Saint-Pierre à l’archipel des Îles-de-Mingan, rive nord, comme rive sud, parfois entourés de bélugas, de baleines, de phoques, ou de carpes géantes et d’oiseaux de mers fantastiques, macreuses, cormorans, eiders « stroboscopiques » à duvet, fous de bassan, mouettes de toutes sortes, comme les goélands d’ailleurs.





Puis, de Stoneham, Louise et moi sommes descendus à Neuville, pour le voir tous les jours, été comme hiver, pour l’habiter toujours. C’est Loulou qui a insisté, et je lui en vouerai une éternelle reconnaissance. (En fait, je lui vouerai une éternelle reconnaissance pour tout, mais ça, c’est une autre histoire.)
De plus en plus, je m’identifie à ce fleuve, je le côtoie tous les jours, chez nous, je le photographie souvent, en toute saison pour le garder en mémoire, même lorsque je l’aurai perdue…

Bref, si je manque de mots pour continuer, je ne manque toutefois pas d'images prises au cours des dernières années!





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